Une autre Ecole...

mercredi 2 juillet 2014
par  dsenore
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Une autre école

Fred devait remplacer madame SOL. Il aimait ce type de remplacement car, à la clé, il avait du temps… du temps pour connaître ses nouveaux élèves, pour les apprivoiser et également se laisser apprivoiser par eux. Chaque fois, il opérait de la même manière : une lecture attentive de l’emploi du temps accompagnée d’un repérage des lieux, scolaires et périscolaires, ainsi que des équipements mis à disposition par la municipalité. Dans l’école Alain DESSEIGNE, flambant neuve et à énergie positive qui devait l’accueillir quasiment jusqu’à la fin de l’année (Fred espérait, secrètement, que madame SOL mettrait un bémol à la reprise de son congé, faisant ainsi le lien avec le repos nécessaire à une fin de grossesse sereine. Les 60 kilomètres quotidiens, sur les routes encombrées, l’avaient contrainte à consulter, quelques semaines avant la date réglementaire. La vie d’un petit d’homme en dépendait et rien ne vaut que l’on fasse prendre des risques à un petit d’homme, fut-il en devenir, pas plus qu’à sa maman.

Fred visitait l’école, un mardi après midi. L’inspectrice dont il dépendait le lui avait proposé. Elle considérait que cette visite de premier contact était importante… D’autant plus qu’elle avait tenu des paroles mystérieuses pour Fred : « allez y et prenez le temps d’observer. Vous lirez le projet pédagogique de cette école et, connaissant votre attirance professionnelle pour la pédagogie institutionnelle et le travail que vous conduisez sur « l’école des quatre langages », ainsi que vos talents personnels que j’ai pu appréciés le 21 juin dernier, laissez vous guider et prenez votre temps, je pense que cela vous plaira ».

En arrivant, au bout de 45 minutes de bicyclette (à assistance électrique qui lui permit d’arriver frais à l’issue de la dernière ascension), il fut accueilli par 4 élèves (une fille et un garçon du cycle 3 et un duo mixte du cycle 2). Ils avaient, épinglée à leur gilet, un badge sur lequel figurait leur prénom et leur fonction (accueil des visiteurs). La visite commença, très professionnelle. D’abord les salles du cycle 1 puis le cycle 2 et enfin le cycle 3. Dans chaque salle de travail, les guides présentaient Fred aux élèves et aux enseignants. Dans la salle qu’occupait encore, pour quelques heures, madame SOL, les élèves le questionnèrent longuement. - Tu va suivre l’emploi du temps ? Parce que moi j’aime vraiment l’EPS et les maths ! Intervint Siam. Et le remplaçant de Monsieur DIESE, le mois dernier, a refusé de faire de l’EPS. Du coup ils ont mis le brin !
- Et pour la musique ? Tu resteras avec Charlie ? C’est mieux quand le maître nous voit réussir, poursuivi Perrti…

Mais les guides l’emportaient déjà vers d’autres salles et il ne put répondre… Il traversa la bibliothèque avec les présentoirs des petits livres, la salle multimédia et enfin, sous le regard complice des guides, il fut invité à pénétrer en salle Monique TELL. Charlie était présent et animait une séance de percussions. Le titulaire de la classe était avec ses élèves et participait à l’activité. Ce qui le surprit, dès les premiers instants, c’est la concentration avec laquelle travaillaient les élèves. Tant pendant les moments de reproduction qu’au cours de ceux, plus créatif ou d’entrainement ; ils étaient incroyablement concentrés et attentifs. 20 minutes plus tard, Charlie proposa une activité vocale à ce groupe. La répétition d’un chant qui serait présenté, dans la salle municipale, à l’occasion de la fête de la musique, expliqua l’une des guides. Cette année, la chorale de l’école Alain DESSEIGNE et un groupe de DUMISTES seraient là, de 17 heures à 18 heures 30, pour débuter la fête ! Tu viendras ? Tu pourras jouer ou chanter, si tu veux, proposa la plus jeune.

Fred sentait monter en lui une bouffée de plaisir pédagogique. Lui qui, à chacun de ses remplacements, prenait soin de respecter particulièrement les emplois du temps dédiés à la musique et aux arts. Il réalisait qu’à Alain DESSEIGNE, il pourrait même travailler avec un musicien intervenant ! Sa dernière expérience en la matière, à Jacques LEVINE, avait débouché sur un marché des connaissances qui avait conquis les parents invité et présents, le samedi matin ! Il fallait les voir, tenter, et réussir, les exercices rythmiques et les vocalises en chœur…
A la fin de la séance, pendant que les élèves regagnaient leur salle accompagnés de leur enseignant, Fred bavarda quelques instants avec Charlie. Ils étaient sur la même longueur d’ondes et échangeaient déjà sur leur futur projet commun. Fred, dès qu’il en avait l’occasion, aimait par-dessus tout échanger avec ces collègues, titulaires d’un diplôme d’intervenant en musique. Il avait constaté, à chaque fois, combien leur présence dans une école était importante et modifiait les comportements des élèves, des enseignants et même des parents. Le regard des uns sur les autres s’enrichissait, chaque fois. Les virtuoses de la géométrie, les athlètes du concept comme les besogneux de la règle de grammaire se retrouvaient pour un projet commun, un projet artistique et culturel qui faisait grandir chacune et chacun. Un projet où les plus en difficulté pouvaient s’appuyer sur les plus forts, les copier même parfois. Non pour entrer en compétition avec eux et les battre à on ne sait quelle joute, mais, tout simplement, pour devenir un peu meilleur que soi !

Fred avait rencontré des « DUMISTES », comme ils se nomment eux même, dans le milieu des professionnels de la profession. Il avait pu travailler avec l’une d’entre elle, pendant toute sa formation à l’IUFM (un vieil institut français, maintenant remplacé, qui servit, trop peu de temps, à former les futurs professeurs). De ce travail en commun, il conservait la conviction qu’une Autre Ecole était possible. Une Ecole des intelligences partagées, une Ecoles des arts et de la culture pour chacun. Ses plus belles leçons de formation, les réponses qui lui permettaient d’exercer désormais son métier sereinement et de réussir, ils les devaient à cette rencontre avec de jeunes collègues qui suivaient, dans un centre voisin, une formation supérieur artistique, musicale et culturelle de haut niveau.

Il n’avait rien fait d’extraordinaire, cet après midi là, mais déjà, il ne pouvait s’empêcher de trouver ces futurs élèves extraordinaires.

Dominique Sénore


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